« BERGERAC OUI LOVE YOU ». Après deux mois sur scène, la troupe se sépare, nostalgique de cette aventure sensible
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- Thierry Bouteraou, pilier de la Revue depuis 1987.( Photo é. drouinaud)
Et la vie reprit son cours. Sans perruque, sans strass ni coussin pour se faire de grosses fesses de commère philosophe. Sans le trac, les applaudissements, la solidarité des coulisses, la complicité des âges mêlés. La Revue du Cercle musical est terminée, et Thierry Bouteraou en sort comme d'un « match de boxe », déjà nostalgique mais « fortifié ». Depuis deux mois de représentations, précédés de vingt-huit semaines de répétitions, c'était une vie bis, disparue brutalement derrière le rideau, dimanche. « Nous, les anciens, on sait que la Revue a un début et une fin. Les jeunes, c'est plus dur. »
Thierry a pris quelques jours pour récupérer. Le sommeil revient doucement, lui qui s'est couché tard depuis octobre et a maigri de presque trois kilos sous les costumes. Reste un vide, qu'il a du mal à décrire. « En deux mois, on a le temps de profiter de ce qui nous arrive. » La salle, les gens, le bonheur de la scène. Il dit : « L'émotion s'est dispersée comme un feu d'artifice. »
« Un besoin des autres »
Nous avons choisi de faire témoigner Thierry, qui est omniprésent dans les scènes de comédie, entre deux ballets, et forme avec Alain Cantelaube, notamment, un duo comique troupier huilé, soudé, façon clown blanc et Auguste. Mais toute la troupe pourrait ici raconter de la même manière cette drôle d'aventure. Tous emploient d'ailleurs le mot « famille ». « Une politesse, une gentillesse, un besoin des uns et des autres, on est tous dépendants. » Et de souligner l'importance des habilleuses, qui ont « le tempo » du spectacle et « nous poussent sur scène quand on se laisserait aller ». « Si on enlève les textes, les costumes, les lumières, on n'est plus rien. La Revue, c'est ce compact de tout le monde. »
C'est une oeuvre bénévole, d'amateurs, des sketches populaires façon boulevard, mais dont la rigueur épate. Comme si les comédiens avaient la politesse de sortir leurs « tripes » pour assumer un luxe dont rêvent bien des troupes professionnelles : deux mois dans un centre culturel de 700 places, un orchestre, une farandole de costumes et de plumes. Une « chose » tellement énorme à porter, qu'elle pourrait ne pas survivre sous cette forme. En plus petit, peut-être. Mais restera un patrimoine local, « la seule revue de 80 amateurs en France. C'est quand même une fierté ».
« Combler un manque »
Cette édition a été plus difficile que les autres à monter. Budget compliqué à boucler, stress que le show soit grippé par le virus H1N1. Même Thierry, patraque, n'était pas sûr de jouer. Mais Claude Plazzi, figure tutélaire du Cercle musical, lui a donné le rôle de Charlot, dont il dit que c'était un rêve. Il a travaillé dessus deux mois, de mimiques devant la glace en test devant les amis, à la maison, étudiant photos et films.
Ado, déjà, il animait les récrés du lycée Saint-Front, avec son frère. Et le voilà à 48 ans jouer les transformistes, « mais pas drag-queen », précise-t-il. Comme beaucoup de ses collègues de scène, Thierry dit que la revue comble un manque. Plusieurs fois, il parle du « métier » de comédien, qui n'est pas officiellement le sien. Sans prétention. Dans une autre vie, ce dessinateur et musicien se serait vu prendre des cours de théâtre à Paris, aurait aimé entrer à la Comédie française. Mais il aime surtout la « sensation » que procure la scène et, donc, la revue. Il appelle ça être « un vecteur d'émotions », pour les autres. Et pour lui, se livrer « sans carapace » et « accéder à d'autres personnalités ».
Cette année, il était un plombier azimuté, un parachutiste énervé, un Charlot tendre et une pipelette de banc public. Il est à l'aise, extraverti, lui qui était « hyper réservé » quand il a débuté en 1989, avec les piliers de la Revue - Jacky Bias, Jean-Claude Ranouil, Lucien Conseil ou Jean-Paul Courvoisier - dont il parle comme des mentors à canoniser. C'est le côté éducation populaire de la Revue. « Entre le début et la fin, on sent que quelque chose se débloque chez les jeunes. » Lui, c'est l'éloquence. « Petit à petit, j'ai compris qu'on peut s'exprimer, avoir des idées, moi qui manquais d'assurance. »
Auteur : Adrien Vergnolle
a.vergnolle@sudouest.com